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Vouloir faire le bien est une aspiration et peut devenir une vocation.
L’innovation sociale est un véritable espoir pour l’humanité. L’espèce humaine devra inventer au cours du siècle à venir des solutions radicalement nouvelles et réellement efficaces afin de faire face à des cataclysmes écologiques, sociaux et culturels majeurs. Ou bien elle disparaîtra. Les challenges auxquels nous devons faire face sont si complexes, si globaux et si multidimensionnels qu’ils ne peuvent être résolus que par une action commune d’individus compétents, agissant de concert dans des gouvernements, des ONG et des entreprises responsables collaborant en bonne intelligence.
Or, si améliorer le monde est l’affaire de tous, mieux vaut qu’un maximum d’individus soit formé et préparé pour le faire. « Qui veut faire l’ange fait la bête » écrivit Pascal. Les actions humaines sont en effet soumises à un principe de complexité : selon les interactions qu’elles produisent, elles peuvent atteindre leur objectif de départ, comme en dévier, allant même parfois jusqu’à inverser l’intention principale. C’est « l’illusion éthique » dont parle Edgar Morin : croire œuvrer pour le bien de l’humanité et in fine faire le contraire. Les bonnes intentions ne suffisent pas à faire les bonnes actions.
Bien faire le bien est une compétence et peut être une carrière
professionnelle.
Or, il se trouve que plus jamais, le développement durable et la responsabilité sociale des organisations ne sont plus des activités marginales, ni du marketing à destination des bobos, mais
deviennent centrales pour toute activité. « Une entreprise qui ne fait que de l’argent est une entreprise pauvre » expliquait déjà Henry Ford. L’administration des affaires
sera bien plus fine que voudrait nous le faire croire la majorité des programmes de préparation aux affaires. Modèles financiers, audits comptables, outils d’analyse stratégique, plans d’actions
marketing sont des techniques de management relativement aisées à comprendre. Créer de la valeur ou remplir une mission relève de compétences techniques, mais au final les décisions stratégiques
dans les organisations relèvent davantage d’intelligence culturelle et sociale.
Il convient de se pencher sur une allocution de Patrick Cescau, PDG d’Unilever, en juin 2007 à l’INSEAD intitulée « Au-delà de la responsabilité de l’entreprise : l’innovation sociale et le développement durable comme moteurs de la croissance des affaires ». Le constat, l’analyse et les préconisations sont radicales et proviennent – il est important de le préciser tant le propos est surprenant - d’un dirigeant d’une des plus grandes entreprises du monde. « Pour ceux d’entre vous qui étudient actuellement en MBA, je voudrais dire ceci : intégrez cet agenda (note : innovation sociale, responsabilité sociale et développement durable). Comprenez comment il peut être un moteur de la croissance des affaires. Développez-le dans votre portefeuille de compétences professionnelles. Le monde des affaires sera très vite séparé entre ceux qui ont repéré tôt ce potentiel et ceux qui se sont éveillés trop tard à lui. Soyez sûr que vous êtes un pionnier. »
Le management de l’innovation sociale est une perspective professionnelle pour de
futurs managers.
L’initiative Management de l’Innovation Sociale à Sciences Po Lille s’est donnée deux missions : inspirer et former des innovateurs sociaux, produire et diffuser des connaissances renforçant la capacité de futurs leaders à réussir des changements sociaux.
Sciences Po Lille peut être un formidable catalyseur d’innovation sociale en offrant l’opportunité aux futures élites politiques, économiques et sociales non seulement de faire face aux challenges sociaux de leurs temps, mais aussi en leur proposant des opportunités de carrière, de développement de projets et d’entreprises innovants.
D’abord, Lille est une terre d’innovation sociale. Industrielle et laborieuse, cette région a vu naître et croître des entreprises responsabilisées socialement, des coopératives et des mutuelles, des centres communaux d’action sociale. Elle est aussi un haut lieu de luttes syndicales féroces et d’avancées sociales majeures. Du point de vue géographique, à un carrefour de cinq capitales politiques, économiques et culturelles européennes, comme du point de vue historique, les lieux sont favorables pour penser l’innovation sociale.
Ensuite Sciences Po est un lieu de formation des élites. Généraliste, aspirant à l’excellence académique, démocratisée et ouverte sur le monde, l’intégration de l’innovation sociale à la formation de base d’un institut d’études politiques est aussi un retour aux sources. Lorsque Emile Boutmy créé en 1872 l’école libre des sciences politiques, il commente le gâchis et le drame social que fût la Commune de Paris en écrivant : « Nous avions été frappés de l'ignorance avec laquelle l'opinion s'était prononcée sur de si grandes aventures. Nous nous sommes demandé s'il n’était pas possible de faire mieux comprendre à la génération qui grandit la complexité et la difficulté des questions politiques. » Préparer des individus appelés à assumer de hautes fonctions administratives, politiques, économiques et sociales, les aider à saisir des enjeux modernes et à les affronter : voici ce que fût le projet des instituts d’études politiques et voici de quoi notre projet se revendique.
Nous nous dotons de la capacité à informer, former et transformer nos étudiants, mais aussi les participants à nos activités, et à contribuer par là à solutionner des problèmes sociaux, environnementaux et culturel majeurs.
Etre un cadre junior dans le secteur de la banque, de l’industrie, des services, être un jeune cadre de la fonction publique, être membre du bureau d’une association ou être entrepreneur sont des préoccupations individualistes.
Résoudre la question de la faim dans le monde, éradiquer le SIDA, limiter l’impact des activités humaines sur les changements climatiques, ne pas laisser s’accroître les tensions géopolitiques autour des ressources naturelles sont des aspirations citoyennes.
Faire carrière et servir à quelque chose, c’est réussir à faire que l’action individuelle serve le collectif. « Il n'y a rien de plus puissant pour changer le monde qu'une idée radicalement nouvelle, si elle est entre les mains d'un véritable entrepreneur » répète souvent Bill Drayton, le fondateur d’Ashoka. Encore convient-il d’y croire. D’oser. Et d’entreprendre. « Si nous faisions tout ce dont nous sommes capables, nous nous surprendrions vraiment » disait Thomas Edison. Ne pas penser pouvoir changer les choses seul dans son coin, mais avoir la capacité à aller vers les autres et construire des projets avec eux. « Chacun se croit seul en enfer et c’est cela l’enfer » écrivit René Girard. Pouvoir penser des solutions nouvelles pour affronter de nouveaux défis et les mettre en œuvre. La demande sociale émane des organisations et ne fait que s’accroître. Cela s’appelle le management de l’innovation sociale.
Le Master Management de l’Innovation Sociale à Sciences Po Lille, c’est du management. Mais autrement.
Richard Pin
Professeur d’Economie Gestion
Responsable du Parcours Management de l’Innovation Sociale
Sciences Po Lille
Lille, le 3 février 2008.
Pour illustrer et compléter :
Group Chief Executive PATRICK CESCAU speaks at INSEAD's INDEVOR Alumni Forum on Integrating CSR into Business Strategy in Fontainebleau, France, 25 May 2007.
Video :
http://www.unilever.com/ourcompany/newsandmedia/speeches/2007/bcr-video.asp
PDF format:
Ashoka's Social Entrepreneurship Series presents Nothing More Powerful:
Ashoka's BILL DRAYTON Explains how Social Entrepreneurship Works
Video :